Les huiles essentielles au secours de la psy

par Erik Pigani

Vendues à l’unité ou en gammes de « complexes » dans les pharmacies, les parapharmacies ou les magasins de diététique, dans les produits des salons de coiffure, des centres « bien-être » ou des rayons bio, sans oublier les ingrédients pour amateurs de cuisine, on retrouve aujourd’hui les huiles essentielles partout. Jamais une thérapeutique ne s’était répandue aussi rapidement, qui plus est par le bouche-à-oreilles ! En dix ans, on peut même dire que l’aromathérapie a révolutionné notre vision de la santé, mais pas seulement : il suffit de voir l’énorme succès de librairie de « Ma Bible des huiles essentielles » (Leduc.s éditions) de la pharmacienne Danièle Festy et les commentaires des lecteurs de son blog (danielefesty.com) pour comprendre que cette montée de l’aromathérapie a aussi changé notre rapport à l’automédication.

Le terme « aromathérapie » ne date que de 1935.

Même si on retrouve des traces de distillation de plantes datant de plusieurs millénaires en Inde, en Chine, en Perse et surtout en Égypte, c’est au début du xxe siècle qu’apparaît cette science médicale, créée par le chimiste français René Maurice Gatefossé dans le laboratoire de son entreprise familiale de… parfumerie ! Après un accident malencontreux, où il a découvert l’incroyable propriété de la lavande pure sur les brûlures, il a passé le reste de sa vie à étudier les propriétés des arômes de plantes. C’est ainsi qu’il a forgé le mot « aromathérapie » – du grec arôma, « arôme » et therapeia, « soin » – pour désigner l’utilisation médicale des extraits aromatiques de plantes : les essences et huiles essentielles. Il ne faut donc pas la confondre avec la phytothérapie, qui utilise l’ensemble ou des parties de plantes.

Comment obtient-on ces essences ? La méthode la plus utilisée est en premier lieu la distillation, qui convient à la majorité des plantes : dans un alambic, un ballon est empli d’eau et de plantes. La chaleur de l’eau bouillante fait éclater les cellules des plantes et la vapeur entraîne les molécules des huiles essentielles qu’un appareil récupère par refroidissement. La deuxième méthode concerne plutôt les agrumes, c’est l’expression mécanique : la peau est pressée pour en tirer les essences.

Une huile essentielle est une véritable bombe de molécules actives.

Chaque molécule contient en effet entre 50 et 300 composants biochimiques différents. En comparaison, un médicament allopathique ne contient qu’une seule molécule chimique qui correspond à une seule propriété. Voilà pourquoi une seule huile essentielle peut avoir plusieurs propriétés, parfois même une liste impressionnante. Mais comment une huile peut-elle « savoir » quelle maladie elle devra traiter ? C’est là l’un des grands miracles de la vie : ces molécules « chargées d’énergie vitale », comme le diraient les Chinois, sont sélectives. Elles vont se fixer sur l’organe à soigner, ou vont envahir une région douloureuse, tuent les bactéries, régulent les échanges des neurotransmetteurs dans le cerveau et stimulent les processus vitaux, mais uniquement en fonction des besoins réels de l’organisme. C’est pourquoi, contrairement aux médicaments « antibiotiques » – dont le nom signifie littéralement « contre la vie » – les huiles essentielles sont « eubiotiques », c’est-à-dire « pour le retour et l’équilibre de la vie ».

Les effets des essences de plantes sont spectaculaires.

De plus en plus de personnes le reconnaissent, et c’est en partie ce qui explique le succès de l’aromathérapie… Mais peu savent qu’elles peuvent aussi avoir une action tout aussi étonnante sur nos émotions. En effet, lorsqu’elles sont diffusées, les molécules aromatiques sont captées par les millions de micro-récepteurs qui tapissent le nez. Ils transmettent alors l’information au système limbique – appelé aussi « cerveau émotionnel » –, qui contrôle également nos souvenirs et nos fonctions vitales. Si on respecte les précautions d’usage, les huiles essentielles peuvent être utilisées non seulement par tout le monde, mais aussi par les thérapeutes, psychothérapeutes et psychopraticiens au cours de leurs séances. À condition, bien sûr, de ne pas les proposer par voie orale, mais uniquement en inhalation (2 gouttes sur un mouchoir en tissu suffisent pour envoyer l’information adéquate au cerveau émotionnel).

Voici donc une liste de 14 huiles essentielles qui peuvent être utiles pour gérer, réguler ou soutenir certaines émotions ou certains comportements.

14 huiles essentielles pour mieux vivre ses émotions

Colère

Marjolaine
Origanum majorana
Utilisation : 2 gouttes en massage sur le plexus solaire et la voûte plantaire dès que l’on sent la colère monter, ou le matin et le midi pendant les périodes de conflit.
Précautions : aucune contre-indication, mais appliquée pure elle peut irriter les peaux sensibles : ajoutez 2 gouttes d’huile végétale.
Action : Anti-infectieuse, la « marjolaine des jardins », ou « marjolaine à coquilles », est surtout une huile excellente pour toutes les maladies d’origine nerveuse et contre les troubles de l’humeur…

Déprime

Verveine citronnée
Lippia citriodora
Utilisation : 2 gouttes sur un sucre ou dans une infusion, 3 fois par jour pendant trois semaines.
Précautions : déconseillée pendant les 3 premiers mois de la grossesse. Ne pas s’exposer au soleil si vous l’appliquez sur la peau.
Action : Connue aussi sous le nom de Verveine odorante (Aloysia tryphylla), cette huile est un véritable antidépresseur naturel : sa fragance citronnée est si exceptionnelle qu’à elle seule, elle chasse les idées noires !

Phobies

Ylang-ylang
Cananga odorata totum
Utilisation : respirer pendant quelques secondes à l’ouverture du flacon, expirer. Respirer et expirer de nouveau 3 fois de suite.
Précautions : déconseillée aux femmes enceintes.
Action : Alliée de premier ordre pour contrer les phobies, calmer les frustrations et colères légères, et favorise l’affirmation de soi.

Peur

Camomille noble (Camomille romaine)
Chamaemelum nobile (ou Anthemis nobilis)
Utilisation : 2 gouttes en massage doux sur le plexus solaire. Respirer le contenu du flacon ouvert autant que nécessaire (en raison de son prix, ne la versez pas sur un mouchoir !).
Précautions : aucune contre-indication.
Action : Alliée précieuse pour les chocs nerveux, et d’une parfaite innocuité, cette huile est assez chère en raison de sa rareté. À ne pas confondre avec la camomille allemande.

Confiance en soi

Laurier noble
Laurus nobilis
Utilisation : 3 gouttes en massage au-dessus du nombril ou bien en massage sur la plante des pieds le matin.
Précautions : aucune contre-indication.
Action : En soutien énergétique et psychologique, elle développe le courage et la force mentale pour ceux qui traversent des épreuves (examens, concours, entretiens, conférences publiques…). Elle est aussi réputée pour favoriser l’inspiration.

Fatigue psychique

Origan compact
Origanum compactum
Utilisation : 1 goutte sur un sucre ou dans une infusion, matin midi et soir pendant une semaine.
Précautions : déconseillé aux femmes enceintes et allaitantes, aux enfants de moins de 6 ans. Attention aux dosages, et ne pas utiliser sur la peau.
Action : Un antibiotique naturel dont l’efficacité a été démontrée par de nombreuses études scientifiques. Excellente tonique et stimulante physique, mentale et sexuelle.

Stress

Petit grain bigarade
Citrus aurantium
Utilisation : posez 2 gouttes sur la face interne des poignets 3 à 4 fois par jour, et respirez en rapprochant les mains du visage.
Précautions : aucune contre-indication.
Action : Très puissante pour équilibrer le corps et l’esprit, cette huile calme et apaise tout en redonnant de l’énergie. D’une odeur agréable, elle est idéale en diffusion au bureau…

Séparations

Cyprès de Provence
Cupressus sempervirens
Utilisation : quelques gouttes sur un mouchoir, à respirer chaque fois que l’on sent la tristesse monter.
Précautions : interdite pendant toute la grossesse et pendant l’allaitement, et en cas de maladie cancéreuse. Pas d’usage prolongé sans avis médical.
Action : efficace pendant toutes les périodes de séparation (deuil, divorce, perte d’emploi…), cette huile qui a le pouvoir de rééquilibrer le système nerveux « allège » autant le corps que l’esprit.

Ruminations

Néroli (fleurs d’oranger)
Citrus aurantium ssp aurantium
Utilisation : 2 gouttes sur un mouchoir ou directement flacon ouvert, à respirer dès que l’on se prend à ruminer ses problèmes, à avoir du ressentiment…
Précautions : aucune contre-indication.
Action : considérée comme la meilleure huile pour les nerfs, elle est rare, donc assez chère. Mais en plus de lutter contre l’empoisonnement mental, elle développe aussi vitalité et joie de vivre !

Anxiété

Orange douce (zeste)
Citrus sinensis (Citrus aurantium dulcis)
Utilisation : 2 gouttes dans une petite cuillère de miel, le matin, à renouveler si nécessaire.
Précautions : aucune contre-indication, mais peut provoquer des allergies cutanées et être photosensibilisante en application locale.
Action : utilisée dans un diffuseur, son odeur fraîche et agréable en fait une huile de premier ordre pour détendre l’atmosphère. Elle est très efficace chez l’enfant nerveux.

Image de soi

Epinette noire
Picea mariana
Utilisation : respirer pendant quelques secondes à l’ouverture du flacon, expirer. Respirer et expirer de nouveau 3 fois.
Précautions : déconseillée pendant la grossesse et aux enfants de moins de 6 ans.
Action : neurotonique, elle restaure l’image de soi et répare les blessures narcissiques, la honte, le manque de confiance en soi.

Lâcher-prise

Carotte cultivée
Daucus carota
Utilisation : 4 gouttes en massage doux sur le cou et les épaules dès qu’il faut lâcher prise sur un comportement, une idée obsessionnelle, le désir de tout contrôler, les exigences de l’ego…
Précautions : ne pas l’utiliser si l’on est hypertendu.
Action : en plus du lâcher-prise, elle favorise aussi l’enracinement, soutien les actions concrètes, et apporte un sentiment de stabilité.

Centrage

Nard
Nardostachys jatamansi
Utilisation : deux gouttes en massage sur le plexus solaire.
Précautions : déconseillé aux femmes enceintes. N’utiliser que sur de courtes périodes.
Action : Le Nard de l’Himalaya est considéré depuis l’Antiquité comme l’une des essences les plus sacrées en raison de son action harmonisante sur le système neurovégétatif et les énergies subtiles.

Unité corps/esprit

Encens oliban
Boswellia carterii (olibanum)
Utilisation : en diffusion atmosphérique pendant les moments de méditation, de recueillement, de ressourcement intérieur.
Précautions : déconseillé les trois premiers mois de la grossesse.
Action : Utilisée depuis les temps bibliques pour les rituels religieux, cette huile a la propriété d’installer le calme intérieur, de libérer de la peur de l’avenir, de dissoudre les obsessions, et peut être utilisée soutien de méditation.

AVERTISSEMENT : Ces propriétés et modes d’utilisation de cet article sont issus d’ouvrages de référence en aromathérapie et d’entretiens avec des aromathérapeutes professionnels. Ces informations sont données à titre informatif et ne sauraient en aucun cas constituer une information médicale. Pour tout usage médical, consultez un médecin.

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Voir les 5 commentaires
  • Roxanne Corbeil
    Répondre

    Erik Pigani, un immense merci pour partager si généreusement vos connaissances en aromathérapie. C’est vivement apprécié de ma part !

  • Cecile Lagarrigue Chupin
    Répondre

    Très interessant Erik, merci.
    Amitiés

  • Pastor
    Répondre

    Magnifique !! On en redemande !!
    Mérci Éric Paganini et bienvenue dans notre groupe quantique avec Jacqueline Jacques !!

  • Nathalie
    Répondre

    Un grand MERCI pour cet article et toutes ces informations très utiles,
    J’ai découvert le pouvoir des huiles essentielles il n’y a pas très longtemps de cela, et je dois dire que leurs utilisations me donnent des résultats bluffants.

  • Duvaux
    Répondre

    Merci et bravo pour vos articles.

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